Certaines variétés de rosiers, réputées difficiles à multiplier, révèlent pourtant une capacité inattendue à s’enraciner au cœur de l’automne. Contrairement à une croyance persistante, cette période offre un contexte favorable pour le bouturage, à condition de respecter quelques principes techniques précis.
Obtenir de jeunes rosiers vigoureux n’a rien d’une loterie, à condition de miser sur le bon matériel et de sélectionner soigneusement les tiges. Le substrat fait toute la différence : un mauvais choix, une erreur de manipulation, et la tentative tourne court. Pourtant, quelques gestes précis suffisent à transformer l’essai. Pour aller plus loin, plusieurs ressources viennent compléter ces étapes et enrichir le savoir-faire du jardinier.
Pourquoi l’automne est la saison idéale pour bouturer un rosier ?
L’automne ne se limite pas à tapisser le sol de feuilles : il offre un moment privilégié pour tenter la multiplication des rosiers. À cette période, la sève circule plus lentement, la croissance ralentit, et la plante concentre ses forces sur le système racinaire. Résultat : les boutures s’enracinent dans une ambiance apaisée, loin de la course effrénée du printemps ou des sécheresses de juillet.
Le printemps peut sembler adapté, mais la montée de sève et la poussée des jeunes feuilles compliquent l’opération. L’été contraint souvent à travailler sous abri, la chaleur et la sécheresse mettant les boutures en difficulté. L’hiver, lui, gèle toute velléité : rien ne pousse, les racines dorment.
Voici ce qui distingue l’automne pour tenter le bouturage du rosier :
- Le sol garde une chaleur résiduelle et l’humidité ambiante encourage naturellement la formation des racines.
- La plante, en repos, limite la croissance du feuillage et concentre son énergie sur le développement racinaire.
- Cela donne des jeunes plants solides, prêts à être déplacés ou repiqués dès le retour des beaux jours.
Cette méthode de multiplication fonctionne particulièrement bien pour les rosiers anciens, les buissons, lianes ou grimpants. Dans la pratique, les racines produites en automne s’avèrent souvent plus robustes, et le taux de reprise dépasse largement celui des autres saisons.
Quels rosiers choisir et de quoi avez-vous besoin pour réussir ?
Le choix de la variété fait toute la différence. Les rosiers anciens, grimpants, lianes ou botaniques sont particulièrement adaptés : leur patrimoine génétique favorise la prise de racines sur simple tige. Les rosiers modernes, notamment les hybrides de thé ou floribunda, se montrent plus difficiles, conséquence de croisements sophistiqués qui compliquent le bouturage.
Avant de démarrer, réunissez un équipement simple mais fiable. Un sécateur bien affûté garantit une coupe nette, limite les blessures et réduit le risque de maladies. Prélevez une tige de l’année, non fleurie, parfaitement saine, d’environ 15 à 30 cm. Pour le substrat, laissez de côté les terres lourdes : un mélange équilibré de terreau léger et de sable assure drainage et oxygénation. Maintenez la température entre 18 et 25 °C et veillez à garder le support frais, sans excès d’humidité.
Voici quelques compléments possibles pour optimiser le bouturage :
- La pomme de terre, utilisée par certains jardiniers pour maintenir l’humidité autour de la base de la bouture.
- Les hormones de bouturage, sous forme de poudre ou de gel d’eau de saule, pour encourager la formation des racines ; leur usage reste facultatif.
Avec ces outils et un minimum de méthode, le bouturage du rosier en automne devient accessible, même pour des variétés peu conciliantes.
Étapes simples : comment réaliser une bouture de rosier pas à pas
Avant toute chose, préparez un sécateur propre, un pot de 10 à 14 cm, un mélange de terreau et de sable à parts égales, ainsi qu’un peu d’eau pour humidifier l’ensemble.
Sélectionnez une tige de l’année, vigoureuse et indemne de maladie ou de floraison, longue de 15 à 30 cm. Coupez juste sous un œil, avec une coupe franche. Retirez toutes les feuilles du bas et ne conservez que deux ou trois feuilles au sommet pour limiter l’évaporation et aider la reprise.
Enfoncez la bouture à mi-hauteur dans le pot rempli de substrat frais. Tassez doucement la terre autour de la base pour garantir un bon contact. Arrosez légèrement : le substrat doit rester humide, sans être détrempé. Placez le pot à l’abri des gelées, sous châssis, en véranda ou près d’un mur à l’est, dans une lumière douce, sans soleil direct.
Pour créer un environnement favorable, couvrez d’une cloche ou d’une bouteille plastique coupée. Ce petit abri limite l’évaporation et stimule la formation des racines. Pensez à aérer régulièrement pour renouveler l’air et prévenir l’apparition de maladies.
Le retour du printemps signe la réussite : l’apparition de nouvelles feuilles indique que la bouture a pris. Vous pourrez alors la repiquer en pleine terre ou dans un pot plus grand, selon vos envies ou la place disponible au jardin.
Les pièges classiques à éviter et astuces pour mettre toutes les chances de votre côté
Aller trop vite dans le bouturage du rosier est rarement payant. Un excès d’humidité dans le substrat est le piège le plus fréquent : la pourriture s’installe, l’air manque, les racines cessent de se développer. Misez sur des arrosages réguliers mais modérés, afin de maintenir une humidité constante sans noyer la bouture.
L’exposition directe au soleil pose, elle aussi, problème. Les jeunes pousses n’y résistent pas : les tissus s’assèchent, les dernières feuilles peuvent brûler. Privilégiez une lumière douce, filtrée, et abritez les boutures du vent froid. Une cloche ou une bouteille coupée crée un microclimat, mais il faut aérer souvent pour éviter les maladies dues à l’excès d’humidité.
Respectez également le cadre légal : le bouturage du rosier doit rester une démarche personnelle. Les variétés récentes, protégées par des droits d’obtenteurs, ne peuvent être multipliées pour la vente ou l’échange.
Voici quelques astuces concrètes pour maximiser vos chances :
- L’hormone de bouturage ou, mieux encore, l’eau de saule préparée à la maison, favorise l’apparition des racines.
- Pour les variétés les moins coopératives, la technique de la pomme de terre (planter la base de la tige dans un tubercule) aide à maintenir un bon niveau d’humidité et fournit quelques nutriments supplémentaires.
Gardez toujours un œil attentif : aérez la cloche régulièrement, éliminez toute partie douteuse, et privilégiez des tiges en parfaite santé. Dans le jardin, la patience, l’observation et quelques gestes précis font la différence. Chaque bouture enracinée à l’automne porte en elle la promesse d’un printemps plus riche, fait de nouvelles roses et de parfums inattendus.



