Le géranium lierre (Pelargonium peltatum) se bouture avec un taux de réussite élevé à condition de maîtriser le repérage et la préparation du nœud. Nous détaillons ici la méthode qui donne les meilleurs résultats sur pied-mère mature, en insistant sur les gestes techniques qui font la différence entre une bouture qui s’enracine en deux semaines et une tige qui pourrit dans son godet.
Repérer le bon nœud sur un géranium lierre avant de couper
La réussite du bouturage se joue avant le coup de sécateur. Sur un géranium lierre, les entre-nœuds sont souvent longs et souples, ce qui rend le choix de la zone de coupe moins évident que sur un zonale.
Nous recommandons de sélectionner une tige semi-aoûtée, ni trop tendre en pointe ni lignifiée à la base. Cherchez un nœud bien gonflé, légèrement renflé, situé sous une paire de feuilles saines. C’est à ce nœud que se concentrent les cellules méristématiques capables de produire des racines.
Pour localiser ce nœud, passez le doigt le long de la tige : vous sentirez un léger bourrelet. Sur les cultivars retombants à feuillage dense, écartez les feuilles basses pour exposer la zone. Un nœud bien identifié avant la coupe évite les hésitations et les reprises qui abîment les tissus.

Coupe horizontale sous le nœud : pourquoi abandonner la coupe en biais
Les recommandations récentes vont à l’encontre d’un réflexe ancien. Couper en biais augmente la surface exposée, mais sur Pelargonium peltatum, une coupe nette horizontale à environ 2 mm sous le nœud limite les risques de pourriture. La raison est simple : une coupe oblique crée une zone de tissu mou étendue qui reste humide plus longtemps dans le substrat, favorisant les champignons.
Utilisez un sécateur désinfecté à l’alcool ou une lame de rasoir neuve. La coupe doit être franche, sans écrasement. Supprimez ensuite les feuilles du nœud inférieur en les coupant au ras, sans arracher, pour ne pas blesser l’écorce. Conservez deux à trois feuilles en partie haute.
Faut-il laisser sécher la coupe ?
Sur les géraniums, un temps de ressuyage fait partie du protocole. Laissez la bouture à l’air libre, à l’ombre, pendant quelques heures. La tranche de coupe doit former un léger cal sec avant la mise en substrat. Ce cal protège contre les pathogènes telluriques dès l’insertion.
Substrat drainant pour boutures de géranium lierre : le mélange qui fonctionne
Un terreau universel seul retient trop d’eau pour Pelargonium peltatum, dont les tiges charnues sont sensibles à l’asphyxie racinaire. La tendance actuelle chez les multiplicateurs consiste à utiliser un mélange terreau et perlite en parts égales pour garantir un drainage rapide tout en maintenant une humidité de contact autour du nœud.
- Terreau de semis tamisé (sans morceaux grossiers) pour la rétention d’humidité de base et le contact avec le nœud.
- Perlite ou vermiculite en proportion équivalente pour créer des poches d’air et évacuer l’excès d’eau après chaque arrosage.
- Godet individuel de petit diamètre plutôt que terrine collective, afin de limiter le volume de substrat humide autour de chaque bouture et réduire le risque fongique.
Remplissez le godet, tassez légèrement, puis percez un trou au crayon avant d’insérer la bouture. Enfoncer la tige directement dans le substrat compacté endommage le cal de cicatrisation.

Conditions d’enracinement : lumière, arrosage et température pour les boutures
Placez les godets dans un endroit lumineux sans soleil direct. Le géranium lierre n’a pas besoin d’étouffée sous cloche, contrairement à beaucoup d’autres espèces. L’excès d’humidité ambiante provoque la fonte des boutures plus vite qu’il n’accélère l’enracinement.
L’arrosage se fait par le dessus, modérément, quand le substrat est sec sur le premier centimètre. Un substrat constamment humide est la première cause d’échec sur ce type de Pelargonium. Mieux vaut un léger stress hydrique passager qu’un godet gorgé d’eau.
Quand les racines apparaissent
Comptez deux à trois semaines dans des conditions favorables. Un signe fiable : la bouture résiste à une légère traction vers le haut, ce qui indique que les racines se sont ancrées dans le substrat. À ce stade, commencez à exposer progressivement au soleil direct et reprenez un arrosage plus régulier.
Période de bouturage du géranium lierre : fin d’été ou printemps
Deux fenêtres sont exploitables. Le bouturage d’automne, réalisé entre août et septembre, permet de préparer des plants qui passeront l’hiver à l’abri et seront vigoureux dès le printemps suivant. Les tiges semi-aoûtées de fin de saison offrent un bon compromis entre souplesse et maturité.
Le bouturage de printemps (avril-mai) fonctionne aussi, mais les tiges sont souvent plus tendres et le taux de pourriture légèrement plus élevé si le substrat est mal drainé. L’automne reste la période la plus fiable pour les géraniums lierres, car les pieds-mères ont accumulé des réserves tout l’été.
- Août-septembre : tiges semi-aoûtées, enracinement rapide, hivernage en intérieur lumineux.
- Avril-mai : tiges tendres, surveiller l’arrosage de près, installation en pot ou jardinière dès que les racines sont établies.
- Éviter juin-juillet en pleine floraison : la plante mobilise son énergie pour les fleurs, pas pour l’enracinement des boutures.
Sur un pied-mère sain et bien nourri, vous pouvez prélever plusieurs boutures par tige longue, à condition que chaque segment comporte au moins deux nœuds et quelques feuilles. Espacez les prélèvements sur différentes tiges pour ne pas affaiblir une seule branche.
Le géranium lierre pardonne beaucoup d’erreurs, mais pas l’excès d’eau. Substrat drainant, coupe horizontale nette sous un nœud gonflé, patience sans arrosage excessif : ces trois points déterminent le taux de reprise de vos boutures.


